Turquie : comment le pouvoir cadenasse la justice

Correspondante à Istanbul

Ils sont une vingtaine d’avocats, robe noire sur les épaules, rassemblés dans l’atrium du tribunal de Caglayan. «Liberté pour la défense!», annonce en turc un autocollant collé sur leurs poitrines. Au-dessus du slogan, trois photos: celles d’Akin Atalay, Bülent Uktu et Mustafa Kemal Güngör, leurs confrères embastillés pour avoir travaillé au journal d’opposition Cumhuriyet, dans le collimateur du pouvoir. En face du sit-in, une muraille de policiers guette le moindre faux pas. Dehors, à quelques mètres de là, les fourgonnettes attendent sur le parking. Triste symbole d’une justice de …

En Turquie, le régime d'Erdogan grignote les biens des minorités religieuses

En Turquie, l’État poursuit sa politique de grignotage des biens des minorités religieuses. Dans le sud-est du pays, il vient de placer sous son contrôle une soixantaine d’églises, de cimetières et de propriétés appartenant à la communauté chrétienne. Le transfert de ces sites sous le terme générique – «lieux de culte» – pourrait permettre à moyen terme de les transformer en mosquées, si tel était le souhait des autorités, ou d’y nommer des imams.

Cette opération ne marque pas un tournant dans la politique du régime, mais confirme un double discours. Plus ouvert que ses prédécesseurs à la question des droits des minorités chrétiennes (0,1% de la population), Recep Tayyip Erdogan s’est présenté comme l’ordinateur suprême du destin de Mor Gabriel, l’un des plus anciens monastères chrétiens du monde. Dans le même …

Turquie : Darwin banni des programmes

Alpaslan Durmuş, en charge des programmes scolaires, a informé le 23 juin que la théorie de l’évolution ne sera plus abordée au collège. « Si (les) étudiants n’ont pas le contexte nécessaire pour comprendre les prémisses et les hypothèses, ou s’ils n’ont pas le savoir et le cadre scientifique nécessaires, ils ne pourront pas…

Istanbul: la police fait usage de balles en caoutchouc pour disperser la « Gay Pride »

La police turque a fait usage de balles en caoutchouc dimanche pour empêcher des manifestants de tenir la parade annuelle de la « Gay Pride » sur la place Taksim au centre d’Istanbul, au lendemain d’une interdiction de ce rassemblement décidée par les autorités locales.

La police a tiré des balles en caoutchouc vers un groupe d’environ 40 manifestants, a rapporté un journaliste de l’AFP.

De petits groupes se sont rassemblés sur la place Taksim pour une Marche des fiertés LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexe) malgré l’interdiction des autorités, alors que les policiers étaient plus nombreux que les participants.

Au moins quatre personnes ont été interpellées.

Les organisateurs avaient auparavant réitéré leur détermination à maintenir la manifestation, interdite pour la troisième année consécutive et qui coïncidait cette fois avec le premier jour de la fête célébrant la fin du mois de jeûne musulman du ramadan.

Après des menaces de groupes conservateurs et d’extrême droite, les autorités avaient annoncé samedi interdire cette manifestation pour préserver « l’ordre public » et la « sécurité des touristes ».

Les organisateurs avaient alors annoncé qu’ils maintiendraient l’événement et encore affiché dimanche leur détermination, assurant dans un communiqué : « nous n’avons pas peur, nous sommes là, nous ne changerons pas. Vous avez peur, vous changerez et vous vous y habituerez ».

Avant la manifestation sur la célèbre place Taksim, d’importantes forces de police présentes dans le quartier avaient bouclé plusieurs accès, selon une journaliste de l’AFP.

La Marche des fiertés d’Istanbul avait rassemblé en 2014 des dizaines de milliers de personnes et constituait l’un des principaux événements LGBT au Moyen-Orient.

Elle est interdite depuis 2015 lorsque, selon l’association des LGBTI, les autorités avaient mis en cause la coïncidence de l’événement avec le ramadan.

En 2016, l’interdiction avait invoqué des raisons de sécurité alors que le pays était frappé par des attentats meurtriers liés aux jihadistes du groupe Etat islamique ou aux séparatistes kurdes.

Dans un cas comme dans l’autre, les manifestants avaient bravé ces interdictions et avaient été dispersés violemment par les forces de l’ordre.

Cette semaine, onze militants ont été jugés à Istanbul pour avoir bravé l’interdiction de la Gay Pride de 2016, mais ils ont été acquittés.

Les années précédentes, ces manifestations s’étaient déroulées sans incidents.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est accusé par ses opposants de conduire une islamisation rampante de la société. Ses commentaires conservateurs sur les femmes et la famille enflamment régulièrement la critique mais il se garde généralement d’évoquer publiquement les questions liées à l’homosexualité.

En 2010 toutefois, la ministre de la Famille et de la Femme Aliye Selma Kavaf avait suscité la colère des défenseurs des droits des homosexuels en qualifiant l’homosexualité de « désordre biologique » et « maladie » devant être soignée.

L’homosexualité n’est pas pénalement réprimée en Turquie, mais l’homophobie y reste largement répandue.

Erdogan: l'ultimatum des pays du Golfe au Qatar est « contraire au droit international »

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a estimé dimanche que l’ultimatum présenté par l’Arabie saoudite et ses alliés au Qatar, qu’ils accusent de « soutenir le terrorisme », était « contraire au droit international ».

« Nous soutenons (la position du Qatar) parce que nous considérons que la liste de 13 demandes est contraire au droit international », a déclaré le chef de l’Etat turc, cité par l’agence gouvernementale Anadolu.

Doha a affirmé samedi que ces demandes, parmi lesquelles la fermeture de la chaîne Al-Jazeera, la réduction de des relations avec l’Iran ou la fermeture de la base turque au Qatar, n’étaient « pas raisonnables ».

L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte ont accordé au Qatar un délai de dix jours pour satisfaire à ces demandes, une requête jugée irréaliste par Doha.

Dans des déclarations aux journalistes après avoir participé à la prière de l’Aid al-Fitr, M. Erdogan a estimé que ces demandes allaient « trop loin ».

Il s’agit « d’une attaque contre les droits souverains d’un pays », a-t-il dit.

M. Erdogan a affirmé en outre que l’exigence d’un retrait des troupes turques du Qatar était une forme « d’irrespect pour la Turquie ».

La Turquie entretient des rapports privilégiés avec Doha. Le parlement turc a approuvé le 7 juin la mise en oeuvre d’un accord datant de 2014 permettant le déploiement de plusieurs milliers de soldats sur une base turque au Qatar. Des troupes turques se trouvent déjà dans le pays, où elles participent à des exercices conjoints.

La Turquie a en outre commencé à envoyer par avion et par mer des denrées alimentaires au petit émirat gazier, soumis à un embargo par ses voisins du Golfe.

« Allons-nous demander la permission pour coopérer en matière de défense avec un pays? Sans vouloir offenser quiconque, la Turquie n’est pas un pays ordinaire », a affirmé M. Erdogan.

Il a par ailleurs réitéré sa proposition d’établir une base turque en Arabie saoudite, déjà rejetée par Ryad.

Depuis le début de la crise, Ankara s’était abstenu de critiquer directement l’Arabie saoudite, se bornant à appeler Ryad à un règlement de la crise.